Durant les mois qui suivirent, Guirao fit en sorte de ne plus quitter le Palais d'Ittirit.
Il savait que Bedren n'avait plus besoin de l'envoyer en mission dans les montagnes tant qu'il ne souhaiterait pas réellement en finir avec cette guerre. Il savait aussi que le grand maître se méfiait de tout le monde et qu'il était une des rares personnes en qui il avait réellement confiance.
Grâce à son pouvoir d'intention - qu'il se mit à utiliser et à perfectionner - Guirao prit l'habitude d'observer les membres du Grand Conseil et de donner son avis à Bedren sur la manière dont il pouvait orienter ou utiliser leurs opinions sans avoir à utiliser ses sortilèges de persuasion (dont tout le monde se méfiait).
"La politique est un jeu bien plus facile lorsque l'on connaît les cartes de l'adversaire", lui avait-il confié un jour. Et Guirao profitait de cet avantage en essayant, toutefois, de ne pas se trahir : il devenait peu à peu le principal conseiller du grand maître, ce qui ne lui attirait pas que des amitiés.
Il profitait également des visions d'Ocaris qui, elle aussi, apprenait à mieux maîtriser son pouvoir de prédiction. Quand ses visions étaient suffisamment précises, Guirao parvenait à reconnaître les lieux des futures batailles et à savoir si celles-ci seraient des victoires ou des défaites pour les Anlis. Il pouvait ainsi conseiller Bedren sur les forces à engager au combat : ne pas insister sur les positions perdues d'avance et concentrer les troupes sur les futures victoires. En interprétant les visions d'Ocaris, il parvint même à déjouer des manoeuvres de diversion menées par les Atlans. Mais elle ne voyait toujours pas la fin de la guerre...
Bedren était ravi de tout cela. Sans utiliser ses pouvoirs, il parvenait à renforcer son autorité et à remporter des victoires. La situation tournait lentement en faveur des Atlans, des propositions de négociation commençaient à parvenir de la part du roi Zonthar... mais Bedren n'était pas pressé d'y répondre.
Guirao était devenu son premier conseiller dans la quasi-totalité des domaines. Ses compagnons Oudin et Labli, eux, furent engagés dans la garde personnelle du grand maître. Pendant ce temps, Ocaris était définitivement devenue la grande-gouvernante du Palais. Là encore, Bedren était entièrement satisfait de ses services.
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