Livre d'or

Bonjour aux randonneurs et aux promeneurs de l'Espace-Temps !!

Soyez les bienvenu(e)s sur le "livre-d'or-qui-brille-des-chemins-de-l'Espace-Temps" !

Plutôt que d'abandonner des messages tout au long de votre route, je vous propose de les rassembler ici.

 

Sur cette page (tout en bas), vous pouvez donc laisser tous types de remarques et commentaires :

 

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- votre avis sur une (ou plusieurs) histoire(s) en particulier ;

 
 

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etc, etc.

 


 

Voilà, c'est à vous :

22 message(s) dans le livre d'or

Bertrand Le 13/11/2011

Le Messager

12 Mars 2045.

Message de la base d’Aldébaran au Centre de Classement K4598, Andromède.

Nous venons d’éviter un nuage d’astéroïdes. Vitesse atteinte (c – 0.0000000001). Les courriers se croisent. Nous avons très bien reçu et lu les articles. Merci du charmant cadeau… Les articles ne nous ont pas appris grand-chose de nouveau. Nous sommes cependant admiratifs du travail réalisé. C’est le propre des messagers d’utiliser leur imagination pour écrire à partir de simple faits. Dans beaucoup de ces pages, nous nous sommes retrouvés confrontés à nos histoires, nos pensées, nos questions, nos angoisses. Evidemment, les messagers ont fait leur travail, ils ont intercalé leurs propres inventions qui peuvent nous déranger car elles sont dangereusement proches de la vérité. Devons-nous être blessés ? Il n’y a décidément pas que les lapins bleus qui possèdent de grandes oreilles. Entendre verbalement une des parties et seulement lire les mots couverts de l’autre est partial. Aussi, ai-je décidé de vous répondre, moi aussi par une histoire.

Il était une fois… un petit garçon, vivant dans le vaisseau du monstre Derga avec la complicité de sa mère.
Souvenir de l’école des planétons interstellaires. La classe préparait avec fébrilité une carte pour la fête des pères. A cette époque, l’école finissait plus tard. La maîtresse, instructor G., avait demandé aux enfants, d’apporter un hologramme de leur papa. Le petit garçon aux yeux en amande était rentré chez ses grands parents tout triste. Il ne voulait pas faire de peine à sa chère Mamika. Même à son jeune âge, il avait compris que certains sujets étaient tabous. Qu’allait-il pouvoir faire ? Une photo de son grand-père ? Non, ça ne passerait jamais, il était trop vieux. L’enfant réfléchissait, et soudain il sut ce qu’il allait faire. Il téléchargea un magazine qui traînait sur son ordinateur et se mit à le visionner. Il cherchait le portrait d’un homme qui aurait ses cheveux bouclés, ses yeux vifs, son sourire, la fossette de son menton. Il ne se rappelle absolument plus qui il a téléchargé, un mannequin pour une pub ? Un homme politique ? Un acteur ? Un chanteur ? Un cosmonaute ? Il mit le précieux hologramme dans son backpack. Sa nuit fut pleine de rêves, il était comme tout le monde, il avait un papa avec un visage qui était simplement parti en voyage. Le lendemain, un élève fut chargé de ramasser les hologrammes avec les noms encryptés. Peu après, il entendit l’instructor qui l’interpellait « Sargyl Gendabar, au tableau ! ». L’enfant traversa la classe d’un pas confiant, il avait enfin un père, il pouvait aller au bout de l’univers. L’instructor brandissait l’hologramme « - Qui est cette personne ? est-ce ton père ? » Il ne sait pas ce qui lui a pris, mais il s’est entendu répondre « - Oui, Madame !». Telle une furie, la représentante de l’éducation interastrale lui a attrapé l’oreille et l’a tourné face aux autres élèves : « Regardez bien ce petit vaurien. C’est un menteur et cela n’est pas étonnant quand on sait d’où il vient. Sa mère est une trainée, elle ne vit pas sur cette planète et tout le monde sait qu’elle n’a pas de compagnon ». Le petit garçon a ressenti comme un éclair qui traversait son cœur. L’espace d’une seconde, il a éprouvé de la honte devant les regards narquois des autres, honte qui a très vite cédé la place à une rage de survivre. Il n’avait d’autre choix que de baisser les yeux, mais en lui-même, il s’était juré qu’il ne se laisserait pas détruire par la méchanceté. Il serait le plus fort, il irait plus loin que tous ces gamins, et un jour, il le rencontrerait ce père. Il ne permettrait à personne de s’interposer. Ce soir là, sa Mamika l’attendait à la sortie de l’école, il avait encore été puni. Le lendemain, ils iraient voir sa nourrice d’autrefois ; lorsqu’ils passeraient devant l’orphelinat des parents perdus sur le chemin des étoiles, elle, pourtant si gentille, lui dirait cette phrase terrible qui viendrait le hanter lorsqu’il ne dormait pas « Tu vois, si je n’étais pas là, c’est là que tu serais, alors il faut être sage ». Terrorisé, il lui prenait les mains et les couvrait de baisers. Et elle fondait d’amour pour son petit garçon.

Ce n’est qu’un flashback, mais il en traîne toute une malle. Il a eu beau fréquenter les salons des alchimistes pendant de longues années, il y a des bagages qui malheureusement ne se perdent jamais. Il a appris à ne plus ouvrir la malle, elle peut très vite déborder, particulièrement lorsqu’il est dépeint comme un robot sans cœur, opposé aux souffrances d’une mère. Il est conscient que la vie de cette dernière n’a pas été facile, mais le fait d’avoir souffert donne-t-il le droit de faire souffrir ? Un enfant est il coupable ? Il sait qu’il lui doit la vie, mais avait elle le droit de se laisser influencer et de devenir complice ? Un film des temps anciens le touche particulièrement, « La tête en friche », dans lequel le trouvère incarne un héros, certes avec une rage de vaincre moins grande que celle de Sargyl, mais avec une mère plus empathique et réactive. Merci d’être un juge impartial et de l’écouter. Avaient-ils le droit de jeter tous ses jouets lorsqu’il est allé habiter chez eux, avait-il le droit de lui refuser de voir ce père ? Avait-elle le droit de refuser de répondre à ses questions ? Il a fallu qu’il menace de pulvériser un meuble pour obtenir un nom, le cosmonaute D… et encore, les prénoms avaient été intervertis. Il a aussi pu voir pendant quelques secondes, un petit hologramme avec au dos, des mots d’amour. Ce qu’il a pu le rechercher, ce fantôme, plusieurs de ses amis en furent témoins. Même lorsqu’elle a été convoquée par les alchimistes, elle a gardé le silence, indifférente à la douleur de son propre fils. Derga avait-il le droit de le frapper pour un rien, de lancer des allusions méchantes dont Sargyl n’avait saisi que récemment le sens complet ? Est-ce être une mère que de laisser faire ?

Vous reprochez à Sargyl de refuser le dialogue ? Pendant plus d’un demi-siècle, il n’avait pas eu de réponses. Pas plus tard qu’il y a quatre ans, il avait reparlé de cette invitation de vacances sur Sirius. Vous voulez connaître la réponse ? « Non, je ne vois pas de quoi tu parles ». Alors, vous pensez bien que lorsqu’enfin elle avait proposé de répondre, seulement quand les réponses lui avaient déjà été données par d’autres, il ne pouvait reprendre le contact interstellaire. Il ne pouvait plus la croire. Ce n’est pas la haine qui dirigeait Sargyl, mais le dégoût. Il reconnait justement que pour son entraînement intersidéral, c’était sa rage de vaincre et le financement apporté par elle, qui lui avaient permis d’accéder à une fonction dans la Guilde Interstellaire qui le passionnait.

Pendant toutes ces années, ils ne voulaient pas qu’il puisse le retrouver dans les galaxies. Ils avaient peur qu’il le rencontre avant son dernier départ vers la galaxie dont on ne revient pas. Lorsque Sargyl avait découvert le sésame, ils n’avaient plus tenu en place. Pourquoi ? S’ils avaient eu la conscience tranquille, qu’avaient-ils à craindre ? Il aurait pu, à ce stade, encore tout pardonner. Ils avaient persisté dans leurs méfaits. Cependant, on ne pardonne pas un viol. Ils lui avaient volé ces instants de pur bonheur, ces instants qui avaient habité ses rêves depuis toujours et qui lui avaient donné la force de survivre.

Il convient d’avoir la décence de ne pas utiliser un petit garçon de huit ans comme moyen de chantage dans les sales manipulations des adultes de la planète maudite. Sargyl n’était aucunement responsable des actes criminels du père de cet enfant. Par la nature même de leur travail, les scientifiques spécialistes de la neuro-puce B7.66 utilisée pour la création d’hommes aux pouvoirs extraordinaires bénéficiaient d’une immense protection humaine rapprochée et des radiations alpha. Ils ne sont pas connus du grand public, mais ils sont célèbres dans leur domaine. Ce détail avait échappé au criminel…Sargyl qui ignorait ses agissements avait même été soupçonné avant d’être blanchi par la Guilde.

Il semble que pour vous, Sargyl et les autres survivants soient des monstres d’indifférence. Leur E.Q. est au contraire très élevé. La vie s’est chargée de leur créer une carapace. Les derniers événements l’ont percée d’une fêlure sous laquelle coule un torrent d’amour. C’est cet amour qui avait permis à sa petite famille de supporter les agressions. Je peux toutefois vous garantir que chacun d’entre eux portait les stigmates des agressions dont ils avaient été victimes, mais j’aurai la pudeur de les taire. Sargyl regardait les magnifiques étoiles scintiller à travers le hublot. Soudain, une étoile filante apparut comme par enchantement… Tout aurait pu être si simple… Je suis désolé pour vous, le rôle de messager est décidément bien difficile.

Bon voyage dans la galaxie. Votre dévoué,


Kliganar XSU769-3023

Mickey Le 11/11/2011

Le premier jour de son séjour, se promenant dans son quartier de la rive Gauche, non loin de l’arc de Triomphe, Il déboucha sur le Grand Marché de la rue Poncelet. L’air était humide et la lumière du jour très faible, mais alors qu’Il marchait étal après étal, Il admirait la fraicheur des produits frais, les magnifiques volailles, les lapins avec leurs pattes fourrurées, les poissons étincelants et les fruits de mer de Bretagne et de la Méditerranée, son regard s’éleva vers les décorations argentées de Noël. Il se mit à pleurer de bonheur et d’émerveillement. Il était comme une éponge géante, absorbant les parfums et les arômes, les personnages et les expériences. Madame Allard servait son fameux canard aux olives et Antoine Magnin avec sa longue barbe blanche remplissait son fourneau à charbon chez l’Ami Louis, où il nous étonnait avec ses coquilles Saint-Jacques et ses gâteaux de pomme de terre dorés, sans oublier son gigot d’agneau sublime. Madame Cartet dont le restaurant à côté de la place de la République était célèbre depuis 1932, nous régalait avec ses plats de hareng et de purée de morue (brandade), ses terrines de pâté et sa classique salade au lard. Et, bien sûr, nous dévorions les sandwiches de Maître Poilane. Il se promenait ensuite le long des quais de la Seine. Les péniches accostées envoyaient leur ombre inquiétante sur les berges. Flashback… Une femme prénommée Danielle d’où venait-elle ? De France (!!) ? Elle était accompagnée de sa fille née quatre ans après. Autre flash forward, une jeune fille assise sur une chaise, au milieu d’une cour, captivée par son livre… Les pixels de sa formidable mémoire photographique se juxtaposaient sur toutes ces “upload/start/play” de scènes revécues dans les aires associatives de son cerveau. Inlassablement, il se posait la question “est-ce elle ?” Il ne l’avait pas rencontrée souvent, mais quelque chose de familier – le sourire et l’expression de son regard, l’intonation de ses réparties – revenait le poursuivre des années plus tard. Il n’avait jamais revu la mère et la fille… disparues au coin de la rue… Il avait demandé de leurs nouvelles. On lui avait répondu par une rodomontade, il en a la certitude, maintenant – une sombre histoire de paradis artificiels dans lequel S était entrée, happée par le tourbillon de la grande ville, un mensonge de plus ou de trop pour l’éloigner… Il n’avait pas cru cette fable, mais ne savait pas…Il est profondément heureux d’apprendre qu’il n’en n’était rien… Sa rencontre, à l’âge de quatre ans et demi, avec une autre Dame très digne, distinguée et très impressionnante, accompagnée de sa fille Danielle, sera contée dans un “upload/start/play” ultérieur. Si le temps était consenti, il pourrait peindre la scène et la Dame, surtout son visage comme surgi d’entre les tréfonds de son cerveau d’enfant. Jamais ce souvenir n’avait été évoqué à quiconque en près d’un demi-siècle… Il était venu à Paris avec l’idée d’écrire un livre qui donnerait la clef du labyrinthe gastronomique de la ville. Il serait rempli de notes non seulement sur les restaurants élégants et les bistrots tenus par des familles, mais aussi sur les meilleures pâtisseries, les crémeries, les marchés, les caves à vin et les salons de thé. Les boutiques de fromage, avec leurs centaines de fromages au lait cru présentés comme des bijoux, tous méticuleusement étiquetés remplissaient ses narines d’arômes chauds et lactiques. Il apprit à détecter les meilleurs ingrédients et bientôt trouva le courage de rejeter tout ce qui ne lui semblait pas parfait. Il avait du respect pour la passion que ces gens avaient pour la nourriture et il comprenait leur plaisir à travailler avec d’exceptionnels produits de saison. Les pâtisseries de Paris proposaient encore les classiques tels que les meringues, les tartes aux pommes. Mais de nouveaux chefs allaient réveiller les palais et les esprits en introduisant des saveurs telles que l’eau de rose, la coriandre alliée à la noix de coco, et le poivre à l’ananas. “La faim est une bonne discipline” disait Hemingway dans “A Moveable Feast”, peut être cette phrase explique-t-elle pourquoi il fut si prolifique en étant un pauvre écrivain vivant à Paris dans les années 20s. Flashback… Hemingway tout droit sorti de la librairie Shakespeare & Co d’un film de Woody Allen, évitait tous les endroits où l’on vendait de la nourriture. Il zigzaguait dans les jardins du Luxembourg affamé… Paris symbolisait la faim inextinguible de la jeunesse pour la vie.

pierre-jean baranger (site web) Le 22/02/2011

Comme les esprits se rencontrent...
Soyons fous ! "L'entrelacs du temps c’est la correspondance avec l'expérience moderne qui fait de tout événement un projectile lancé à la vitesse de l'éclair sur la conscience. W. Benjamin élabore une nouvelle pensée de l'histoire et du temps. Le temps n'est ni une succession de maintenants ni extatique (Heidegger), il est un entrelacs de « fois » qui, chacune, s'excepte de l'histoire et laisse d'elle des marques spatio-temporelles (dates et lieux) que double leur Idée, leur esprit, leur spectre promis à venir hanter une autre « fois ».
Intervenir dans l'histoire, c'est accompagner le temps dans son ombre et ses doublures, et, in extremis, le doubler pour, en un éclair, le retourner et l'arrêter.

PROUST F
Archives de philosophie 1992, vol. 55, no3, pp. 385-408

J'adoooore l'espace temps....
Bien à vous

Den Le 16/11/2010

quel boulot ! Bravo et merci pour toutes ces belles images.

po1703 Le 31/08/2010

Très bonne idée la rubrique junior, mais quel est l'âge du petit écrivain ?

po1703. Le 12/02/2010

Bon anniversaire pour ce site..des récits captivants et toujours surprenants...Bravo.

Claire Le 11/02/2010

Bientôt un an pour ce site... et les aventures continuent! Je ne sais toujours pas où tu vas chercher tout cela. Tu dois avoir de bonnes sources d'inspiration... En tout cas, félicitations!

Koelia (site web) Le 10/12/2009

Je viens de dévorer avec beaucoup de plaisir l'histoire d'Howard. Et je reviendrai lire d'autres histoires plus tard. J'aime beaucoup la manière dont le site est organisé. bravo.

karine (site web) Le 29/11/2009

J'aime beaucoup ton site: ses textes, son organisation... Voudrais-tu que nous devenions amis et que nous échangions nos liens?
(je peux te mettre en lien sur mes deux sites si tu veux)
Karine au sultan vagabond

lemessajer Le 24/11/2009

Ailleurs est excellent. Je te valide dans le groupe et je reviens pour lire la suite. Très belle écriture souple et aux sonorités africaines.

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