Le Pays de Plus Loin

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" Non, les montagnes de Tym n'étaient pas aussi terribles que les Tarobi. Non, vraiment pas.
Dans les montagnes de Tym, nous avons rencontré des peuples de bergers beaucoup plus amicaux et beaucoup plus accueillants. Leurs villages ressemblaient à celui de mon enfance. Nous avons enfin pu déposer nos bagages et nous reposer un peu.
Des quarante personnes que nous étions le soir où nous avons fui Elobi, nous n'étions plus que huit. Ma femme - votre grand-mère - était très affaiblie mais elle avait survécu à la traversée du Makad. Il me restait encore deux de mes fils - Eltoï et Edan, vos pères - et Eridan, mon premier petit-fils, né durant la traversée. Sa mère faisait partie de la tribu Idus mais elle avait choisi de nous suivre. Et, en plus de mes derniers serviteurs (dont deux sont encore vivants aujourd'hui), le reste de notre troupe était composé de nomades des montagnes qui s'étaient joints à nous et nous avaient accompagnés jusque là. Au total, notre "tribu" comptait environ une trentaine d'individus.
Il nous a fallu quelques temps pour comprendre le langage des bergers. Puis nous avons compris que, jusqu'à notre venue, ils n'avaient jamais vu personne arriver jusqu'à leurs montagnes en traversant le plateau du Makad. Par contre, ils nous parlèrent de villes et de villages situés plus loin, dans la direction opposée, au bord de l'Idrasa (nous ne comprenions pas de quoi il s'agissait). Pour remercier les bergers, nous leur avons laissé la moitié de nos animaux et nous sommes repartis dans la direction qu'ils nous avaient indiquée.
Plus nous avancions, plus le paysage s'adoucissait. Les pentes devenaient moins raides, les routes étaient plus régulières et, petit à petit, nous sentions des odeurs étranges portées par les vents. Des odeurs un peu piquantes mais assez agréables. Il m'arrive encore de les sentir aujourd'hui alors que, vous, vous n'y avez jamais vraiment fait attention...
Passé le col, nous découvrîmes un panorama magnifique qui marquait la fin de notre voyage : les villages étaient là, à nos pieds, alignés le long de l'océan qui s'étendait à l'infini. Il n'y avait plus d'horizon. Nous ne pouvions pas aller plus loin mais il y avait de la place, de l'eau et de la nourriture pour tout le monde...
Je me souviens que, à l'instant où mes yeux ont découvert pour la première fois l'océan, j'ai entendu résonner en moi-même la chanson de mon enfance : "Plus loin ne s'arrête jamais". "

 

 

" Vous voyez, j'étais déjà vieux lorsque je me suis installé ici. Nous avons fondé ce village et depuis, à part Eridan, vous y êtes tous nés. Un jour, nous nous sommes arrêtés face au "pays de plus loin" qui n'avait pas de fin...
Pour vous, Lodeïma-Na est votre point de départ alors que, pour nous, ce fut la fin d'un très long voyage. Quand j'avais votre âge, je n'imaginais même pas que le monde puisse être si grand.
Après notre arrivée, vos pères et nos compagnons se sont mis au travail. Grâce aux habitants de l'Idrasa, ils sont devenus pêcheurs et charpentiers et ils se sont lancés à la conquête de la mer alors que, moi, je n'y ai jamais mis les pieds...
Il a fallu apprendre une nouvelle langue - la vôtre - de nouveaux usages et construire de nouvelles maisons. Mais, cette fois, il y avait de la place pour nous et personne ne voulait nous faire partir... Votre grand-mère a pu mourir en paix sur cette nouvelle terre.
Vous tous, depuis que vous êtes tout petits, vous passez vos journées sur la mer et vous savez que chaque bateau essaie d'aller plus loin que les autres... Moi, j'ai longtemps pensé qu'il était stupide de vouloir aller toujours plus loin sur un territoire infini... mais mon avis n'a plus beaucoup d'importance.
Il y a quelques temps, un équipage d'Idrasa a réussi à longer les côtes, à contourner les montagnes jusqu'à l'embouchure d'un fleuve qui traverse une immense plaine. D'après ce qu'ils m'ont raconté, j'ai compris qu'il s'agissait du fleuve Elipo et, depuis, des bateaux sont remontés jusqu'à Mentem-Ba.
Aujourd'hui, il existe des cartes qui, sur un seul dessin, rassemblent tous ces immenses territoires que je vous ai racontés : les plaines de Ba, Mentem-Ba, Mena-Otalàn, les monts Tarobi, le plateau de Madak, les montagnes de Tym, les plaines d'Idrasa et l'océan Idrisien.
Ici, ailleurs, je-ne-sais-où, plus loin : pour moi, c'est l'histoire d'une longue vie... "

Dernière mise à jour de cette page le 02/02/2009

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