Mary-Jane

« - Mais, pour toi, c'est quoi alors la mort ?
- Tu m'énerves. Je n'en sais rien. C'est quelque chose de simple : les gens vivent et meurent. Ils disparaissent, on ne les voit plus, on ne leur parle plus et la vie continue quand même.
- Donc, toi t'en as pas peur.
- Mais oui, j'en ai peur. Tous les jours je cherche à l'éviter mais, quand ça m'arrivera - le plus tard possible - je ne vois pas ce que je pourrai y faire.
- ...
- Tu sais, moi j'ai été élevé avec ma grand-mère à la maison. Elle devenait plus vieille chaque année. Elle faisait de moins en moins de chose... Un jour, je suis rentré du collège et elle n'était plus là... C'est tout.
- Elle est morte de quoi ?
- ... Je ne sais même pas. Elle était vieille et ma mère m'a dit qu'on l'avait emmenée à l'hôpital. Elle est morte sans que je l'ai revue.
- ...
- Elle devenait de plus en plus faible, elle était toujours fatiguée et, pourtant, elle souriait toujours... Elle n'avait pas l'air de se poser des centaines de questions sur ce qui allait lui arriver.
- C'était quelque chose de normal pour elle ?
- Je ne sais pas. Elle est morte, tout le monde a été triste et puis, deux semaines plus tard, ma plus grande sœur s'est installée dans sa chambre... Ma mère aussi a eu beaucoup de chagrin et puis la vie a continué.
- Pour toi, elle est partie d'un seul coup. Mais, pour elle et pour ta mère, ça n'a pas dû être aussi simple.
- ...En tout cas, si je pouvais partir aussi simplement qu'elle, moi, ça me conviendrait. On se souvient de toi et la vie continue.
- Moi, je crois que j'aurais envie d'autre chose... mais je ne sais pas quoi.
- Alors, s'il te plait, essaie de dormir... »

 

 

« - Quand tu es seul et que tu penses à la mort, de quoi est-ce que tu as peur ?
- Tu veux vraiment qu'on recommence à s'engueuler ?
- Non, mais j'ai envie que tu me parles. J'ai pas envie de croire que je suis la seule à avoir la trouille. Ou alors c'est que je suis débile.
- Non... mais ce sont des choses dont on ne parle pas. Bien sûr, j'y pense mais je ne sais pas quoi te dire.
- Pourtant, tu dis qu'on peut se parler de tout...
- Mais évidemment qu'on peut en parler. C'est juste que je ne m'y attendais pas. Et que je ne sais pas bien expliquer ce que je pense au sujet de la mort, c'est tout.
- ... Je me sens seule, Matthias, à chaque fois que j'y pense. »


Il avait rencontrée Leila au collège. Lui faisait partie "des garçons", et elle faisait partie "des filles". Matthias se souvenait que, à son grand regret, les deux tribus se croisaient mais ne se mélangeaient guère. Et puis, un jour, les choses avaient changé. Il ne fallait plus se moquer des filles : "Kevin est sorti avec Marina." C'était ça désormais qu'il fallait dire et c'était ça qu'il fallait faire. La mode avait changé.
La mode des filles aussi avait changé. Elles ne s'habillaient plus de la même manière, certaines portaient des bijoux venus de chez Mary-Jane. Elles regardaient les garçons et en parlaient pour les comparer. Et Matthias s'aperçut que les filles le trouvaient plutôt mignon : "beau gosse" et juste assez timide... C'était Marina qui, après avoir largué Kevin, lui avait dit que "un joli sourire, ça vaut mieux qu'une grande gueule."
Après Marina, Leila était la troisième fille que Matthias avait embrassée. Grâce à un rendez-vous justement arrangé par Marina qui se mêlait toujours de tout. On leur disait déjà qu'ils formaient un joli couple. Ils étaient restés ensemble jusqu'en troisième... et puis au lycée. Pourquoi aussi longtemps ? Il la trouvait belle. Il adorait la voir sourire. Il la touchait, il l'embrassait. Elle aimait ça, elle rougissait et elle souriait. C'était simple et de mieux en mieux.
Grâce à elle, il avait pu retourner chez Mary-Jane et tout redécouvrir d'un oeil nouveau. Il n'accompagnait plus sa mère, en cachette des autres, mais il venait seul, comme un adulte. Il achetait pour offrir. Il aimait faire plaisir et il regardait Leila sourire. Il pouvait même conseiller les autres garçons sur les cadeaux qu'ils pouvaient faire. Tant que Leila souriait, il avait envie de lui faire plaisir. A cette condition-là, il n'avait pas vu le temps passer...
Et puis ils avaient fait l'amour ensemble. Ils avaient tout découvert ensemble. D'abord une fois, et puis plusieurs. Et puis ils avaient pris l'habitude d'en parler, de tout se dire. Et, depuis, il l'aimait toujours...
Le premier soir, c'était elle qui avait tout organisé. Lui, il y pensait depuis longtemps mais il n'avait jamais l'occasion de rester seul avec elle dans des conditions idéales... Chez lui, il y avait toujours du monde. Et ses sœurs lui demandaient souvent de ne pas rentrer trop tôt après les cours...
Leila avait noté un vendredi soir où ses parents ne seraient pas chez elle.
Ils devaient sortir au cinéma et elle l'avait simplement prévenu que, après le film, elle pourrait "l'emmener chez elle". Rien de plus mais il avait pu imaginer le reste pendant toute une semaine.
Finalement, il n'étaient pas allés au cinéma. Ils s'étaient retrouvés vers 19 heures pour manger un sandwich. Vers 19h30, ils avaient estimé qu'il faisait froid et qu'il n'y avait rien d'intéressant à l'affiche : quitte à voir un film, autant rentrer regarder une cassette ou un DVD. Une fois la décision prise, Leila l'avait emmené jusqu'à son immeuble.
Il se souvenait de chaque détail : elle serrait fort sa main dans la sienne. Elle était froide, crispée. Lui souriait alors qu'il n'en menait pas large. Elle semblait avoir tout décidé et ça l'arrangeait bien. La rue, l'immeuble...
Une fois entrés, ils montèrent trois étages et Leila ouvrit la porte de chez elle. Au moment d'entrer, il tremblait en pensant que, peut-être, ils étaient rentrés trop tôt mais, comme Leila l'avait prévu, l'appartement était déjà vide. Elle alluma les lumières du salon. Il la prit une première fois dans ses bras, l'embrassa et la serra fort contre lui sans rien dire.
Tout ce qu'il avait imaginé commençait à se réaliser : il tremblait de partout... Il se souvenait encore de cette émotion qu'il n'avait ressentie qu'un seule fois dans sa vie.
Leila l'embrassa à son tour. Lentement. Elle semblait plus détendue. Matthias se demandait si elle oserait aller plus loin ou si lui oserait prendre les devants... Et puis elle avait commencé, doucement, à remuer ses hanches contre les siennes. Plus tard, elle lui avait expliqué qu'elle avait fait cela "simplement pour que les choses soient claires". Elle bougeait et elle se serrait contre lui comme une femmes sensuelle : le corps de Leila n'avait jamais été aussi proche du sien. Il en sentait chaque forme, sa poitrine, son ventre...
Puis elle l'avait pris par la main pour le conduire vers sa chambre et sa main à elle était toujours un peu froide. Ils ne s'étaient toujours rien dit, Matthias trouvait ce silence un peu gênant mais il se souvenait encore qu'il aurait été bien incapable d'articuler quoi que ce soit. Elle ouvrit la porte et alluma une lampe...
Avant ce soir-là, lorsqu'il imaginait la première fois où il ferait l'amour, il s'était posé la question de savoir si cela se passerait avec ou sans lumière. Que verrait-il ? Que ressentirait-il ? Au total, il avait pris le temps d'envisager les deux scénarios mais il se disait que, pour la première fois, il préférerait éteindre les lampes. Mais ce n'était pas un scénario. En tout cas, jusque là, ce n'était pas lui qu'il avait écrit.
Elle l'embrassa de nouveau et alla s'asseoir sur le lit... Matthias avait mis quelques secondes avant de comprendre que, là, elle voulait que ce soit lui qui prenne les choses en main. Elle le regardait sans rien dire et il se décida à la rejoindre.
Il passa d'abord sa main sur sa nuque, il caressa sa poitrine puis son ventre et encore plus bas. Elle le laissait continuer. Elle fermait les yeux...
Matthias se sentait seul pour décider ce qu'il fallait faire. Il ressentait un plaisir immense à chacun de ses gestes. Il voulait continuer mais ne pas... se tromper. Il voulait aller plus loin mais... pas trop vite ni trop lentement...
Son sang battait de plus en plus fort à chaque contact entre sa peau et la sienne.
Il commença à la déshabiller. Il déboutonna son chemisier, décrocha son soutien-gorge et, peu à peu, tout le reste. Il se sentait maladroit mais elle lui souriait et continuait à ne rien dire. Il ne s'attendait pas vraiment à cela.
Dans les scènes qu'il avait imaginées - ou dans les films qu'il avait vus - les filles étaient beaucoup plus actives et démonstratives. Là, Leila attendait.
Immobile mais sûre d'elle... c'était à lui de prendre ce qu'elle lui offrait. Il la touchait, il l'embrassait. De plus en plus loin et Matthias s'enhardissait Il se retenait de moins en moins. Tout son corps se tendait vers elle. Il voulait se déshabiller. Montrer son désir sans plus se poser de questions. Mais... ni trop vite ni trop lentement.

Il se souvenait en souriait que, quand ils furent complètement déshabillés, il dut s'interrompre pour mettre un préservatif. Ils en avaient déjà parlé lorsqu'ils avaient évoqué le jour de leur "première fois".
Heureusement d'ailleurs, car il avait pu s'entraîner à l'avance... Son excitation était telle que cet effort de concentration lui était apparu presque comique. Il n'était pas encore en elle mais il se retenait déjà de se laisser aller... Il devait se retenir. Ni trop vite ni trop lentement.
Lorsqu'il ouvrit le préservatif, Leila lui proposa de l'aider. Il refusa presque sèchement. Il sentait que, si elle venait à le toucher, il ne contrôlerait définitivement plus rien. Après cet instant bizarre, il revint vers elle et il se glissa doucement entre ses cuisses.
Qu'avait-t-il ressenti à ce moment précis ? A quoi ressemblait le visage de Leila ? Il ne s'en souvenait plus. Il la touchait, il était en elle. Il réalisait qu'il accomplissait ce à quoi il avait pensé des centaines de fois. Mais il devait se retenir. Il était en elle... Il devait se retenir. Il était en elle... Il devait se retenir. Il ne se souvenait de rien d'autre. Elle était là. Elle le regardait. Il la pénétrait. Il lui faisait l'amour. Il la...
Ce qui jaillit de lui fut comme une immense délivrance. Comme la fin délicieuse de son effort. Une sensation bien éloignée de celles qu'il connaissait déjà. Plus forte ? Différente. Et Leila était là.... Elle le serrait dans ses bras et il l'embrassait. Il avait besoin de lui parler, de lui dire quelque chose mais il ne savait pas quoi.
Ils restèrent enlacés plusieurs minutes. Elle respirait fort. Il avait la gorge sèche. Elle était moite de sueur.
Ils s'étaient séparés et Leila s'était tout de suite recouverte avec le drap de son lit. Comme elle ne brisait toujours pas le silence, il se força à articuler timidement :
"Est-ce que ça t'a plu ?"
Elle le regarda en souriant : "Je voulais surtout que ça soit pour toi". Elle le serra fort contre elle. Ses mains n'étaient plus du tout froides. Il savait déjà qu'il n'oublierait jamais ces instants.
A ce moment-là, il aurait été capable de lui faire tous les serments du monde. Il lui aurait promis n'importe quoi. Mais son visage était enfoui dans ses cheveux : elle le serrait bien trop fort pour qu'il puisse parler...

Dernière mise à jour de cette page le 02/02/2009

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